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  • La Commune et les affiches: une révolution par l'écrit

La Commune et les affiches: une révolution par l'écrit

La Commune de Paris, période insurrectionnelle qui opposa le gouvernement d’Adolphe Thiers et des insurgés parisiens, débute le 18 mars 1871 et se termine le 28 mai 1871 après la fameuse et meurtrière « Semaine sanglante ». Elle est due largement à la défaite française de la guerre franco-prussienne de 1870 et à la capitulation de la France. Elle trouve son élan dans la Première République et son gouvernement révolutionnaire (la Commune de 1792), ainsi que dans l’héritage de l'insurrection populaire de 1848.

Durant cette période, l’Imprimerie Nationale, fondée par Richelieu en 1640, est réquisitionnée de force. Elle travaille donc pour la Commune et produit de nombreuses affiches (399 entre le 19 mars et le 25 mai, soit une moyenne de 5 ou 6 affiches par jour). Elles sont, pour la plupart, annotées des mots « Imprimerie nationale » et de la formule « République française. Liberté-Egalité-Fraternité. Commune de Paris ». La distribution des affiches se fait par un service dédié d’environ 50 afficheurs, qui ont pour mission de les placarder plusieurs fois par jour, et même parfois durant la nuit.

Selon Laurent Gervereau, les affiches « font office à la fois de moyen d’information, d’outil de commandement et de relais d’opinion, puis d’arme de combat » (La Propagande par l’affiche, Syros-Alternatives Editions, 1991).


Nota - Cette exposition virtuelle a été conçue par trois étudiantes de licence de Paris ouest dans le cadre du cours Conduire un projet culturel à partir des collections de la BDIC.

La Commune, vie politique et propagande

Affiches électorales (du 26 mars)

Affiche du 3 mai 1871, imprimerie Jules Bonaventure.
La Commune rejette sur le gouvernement de Versailles la responsabilité de la défaite et de la dette.


Les élections communales du 26 mars 1871

Les élections communales sont organisées afin d’élire les 92 membres du Conseil de la Commune. Compte tenu du manque d’électeurs, puisque plus de la moitié de Paris a quitté la capitale lors de la guerre puis des mouvements insurrectionnels, les élections connaissent plus de 50% d’abstention. Les élus sont très divisés; parmi-eux, on retrouve des Blanquistes et des Jacobins, la majorité étant composée de révolutionnaires indépendants. On trouve aussi dans ce Conseil une minorité ouvrière inspirée de Marx et de Proudhon. Il y a également quelques indécis et des personnalités comme Courbet. Très vite le fossé se creuse entre la majorité révolutionnaire et les minorités du Conseil. Le principal désaccord réside dans le statut de la Commune: les uns désirent Paris toute puissante à la tête de la France, à la manière d’une dictature, les autres qu’elle s’intègre dans une fédération des communes de France elle-même intégrée dans un Etat.

Affiche électorale du 26 mars 1871.
XIVème arrondissement.


Affiche électorale du 26 mars 1871.
XVIIIème arrondissement.


La propagande anti-versaillaise

Une grande partie de la lutte des « communards » est dirigée à l’encontre du gouvernement de Thiers, réfugié à Versailles. La Commune reproche à Thiers d’avoir installé le pouvoir qu’elle juge illégitime dans la ville symbole de la monarchie. Des affiches fleurissent dans toutes les rues de Paris contre ce gouvernement accusé de dictature et de volonté de retour à l’avant Révolution Française. En parallèle, la liberté de la presse, qui connait une effervescence se voit restreinte dès le 18 avril et, le 18 mai, le Comité de Salut public interdit les publications favorables au gouvernement Thiers.  

Affiche de propagande  du XIVème arrondissement.


Affiche anti-versaillaise.


La propagande en faveur du gouvernement parisien

Dans un contexte de nouveau gouvernement, qui n'est reconnu ni nationalement, ni internationalement, il faut que les élus parisiens fassent preuve de leur puissance et de leur détermination. Ces affiches sont un très bon exemple de propagande en faveur du gouvernement parisien.

Affiche de propagande ayant pour but de rassurer la population et de contrer les rumeurs répandues par les  déserteurs.

Affiche d'acclamation de la Commune

La place des citoyens dans le système militaire, politique et social de la Commune

Affiche incitant les parisiens à aller se faire vacciner.


Affiche  à l'attention de la Garde nationale.


Le recrutement de l'armée

Le camp des Versaillais bénéficie de l’appui du Chancelier allemand Bismarck, qui permet la libération de 60 000 prisonniers de guerre. Ces derniers s’adjoignent aux 12 000 soldats déjà en place du gouvernement de Thiers.

Face à cette armée nombreuse, expérimentée et bien armée, la Commune a à sa disposition les hommes de la Garde Nationale : tous les hommes de 25 à 50 ans pourvus de leurs droits politiques en font partie. Le 5 avril 1871, la Commune décrète la mobilisation comme volontaires des jeunes de 17 à 19 ans et en service obligatoire les hommes célibataires et mariés de 19 à 40 ans. Trois bataillons de cette Garde Nationale incorporent des enfants massivement : le bataillon des Pupilles, le bataillon des Vengeurs de Flourens et le bataillon des Turcos.

Le recrutement se fait par arrondissement.

Affiche de recrutement des gymnastes pour les armées citoyennes.


Affiche d'enrôlement de la jeunesse parisienne.


Santé et sécurité

Quand le gouvernement de Thiers s’est enfui à Versailles, il a entraîné la majorité du personnel hospitalier avec lui. Le 12 avril 1871, Camille Treillard (délégué à la santé publique) déclare dans une circulaire que « l’esprit politique doit être banni de l’hôpital pour y laisser régner seul l’esprit de dévouement et de solidarité ». Comme souvent dans les périodes de guerre, les femmes sont celles qui s’occupent majoritairement des soins aux blessés.

Pour plus de sécurité, le comité de sûreté générale décide de fermer tous les établissements publics de minuit à 6h du matin. Ce comité de sûreté générale a été créé le 29 mars 1871, en même temps que neufs autres commissions au sein de la Commune.

Affiche incitant les femmes à s'engager dans la lutte en soignant les blessés.

La Commune. Du 29 mars au 20 mai 1871. Ordre Public Sous-Titre : Règlements administratifs,de police et de sécurité

L'implication de tous les citoyens

Les militaires et les politiciens ne sont pas les seuls à agir lors de la Commune ; tous les citoyens s’impliquent.

 L’union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés est un des premiers mouvements se réclamant ouvertement féministe. Il fut fondé le 11 avril 1871 dans un café de la rue du Temple par Nathalie le Mel et Elisabeth Dmitrieff.

 Le 20 avril 1871, le travail de nuit dans les boulangeries devient interdit. Ce décret advient après la demande pressante de ceux-ci, qui désirent pouvoir rentrer dans la vie commune.

 

Affiche concernant l'organisation du travail des femmes.


Affiche à l'attention d'une corporation de corps de métier en vue de défendre leurs intérêts et de se rallier au gouvernement de la Commune.


Vivre à Paris pendant la Commune

Affiche concernant la taxe du pain.


Affiche interdisant la vente de tabac sur la voie publique.


Alimentation

Hommes, femmes, vieillards et enfants ont dû résister aux rigueurs et privations liées aux conditions de vie durant la Commune. La question du ravitaillement n’a pas suscité autant de difficultés qu’au moment du siège hivernal de Paris par les Prussiens. L’organisation interne s’est instaurée selon le principe de solidarité et cela, grâce aux stocks qui ont été effectués après le Siège. L’agriculture, les jardins situés entre les fortifications et les lignes allemandes ont permis un approvisionnement quasi régulier. Néanmoins le pain et la viande demeurent taxés et, par circulaire du 21 avril, le gouvernement Thiers a imposé le blocus ferroviaire de Paris.

Alors que l’essentiel des dépenses des familles concerne l’alimentation, il a été organisé des ventes publiques de pommes de terre en parallèle à la création de boucheries municipales afin d’aider les citoyens. Il a été également mis en place des cantines municipales et des distributions de bons de pain.

Affiche informant d'une vente publique de pommes de terre.


Affiche concernant l'organisation des barricades.


Logement

Affiche incitant à déclarer aux municipalités les logements vacants







Le conseil de la Commune s’est tout d’abord interrogé sur l’origine du soulèvement du 18 mars et a émis un ensemble de décrets en vue de pourvoir aux différents problèmes liés au logement. Le décret du 29 mars autorise un délai aux loyers non payés d’octobre 1870 à avril 1871 ainsi qu’une suspension générale des poursuites concernant les échéances non payées. Le décret du 25 avril a permis la réquisition des logements vacants ou « abandonnés » afin de les mettre à disposition des sinistrés des bombardements allemands et versaillais ainsi qu’à « ceux qui viennent demander asile ». Il est donc demandé aux «  municipalités le soin de fournir des logements », celles-ci faisant appel aux propriétaires et concierges à faire la déclaration des locaux libres.

Education et laïcité

Le 2 avril, la Commune décrète la séparation de « l’Eglise et de l’Etat » et délègue la question de l’éducation à Edouard Vaillant (1840-1915). Le personnel de l’administration centrale, professeurs du secondaire et du supérieur, s’est réfugié à Versailles du fait de leur désapprobation à l’égard de la Commune et de la déconfessionnalisation de l’école à Paris.

Alors que Versailles avait vidé la capitale, Vaillant  (aidé par les organisations républicaines nées à la fin de l’Empire) apporte à la Révolution communale la volonté d’un caractère essentiellement socialiste en inaugurant l’enseignement laïque et obligatoire. Mi-mai, on décide que la rémunération des instituteurs soient doublées mais aussi de l’application d’un traitement égal entre les hommes et les femmes. Ainsi, les municipalités ont fait appel aux « anciens instituteurs et à tous les citoyens porteurs de diplômes » afin de combler les postes désertés. Deux écoles professionnelles, une de garçons et une de filles, sont ouvertes. Cependant, les réformes se font localement et inégalement à l’image du XVème arrondissement qui demeure très populaire et ne connait pas cette « révolution scolaire ».

Affiche de recrutement d'instituteurs.


Affiche de recrutement d'enseignants laïques pour remplacer les instituteurs catholiques.


Crédits

Conception et textes: Amélie Cucchi, Sophie Gontcharoff, Anna Kilberth

Numérisation des documents: Atelier de numérisation de la BDIC (Marie-France Dumoulin, Alexandre Kosseev, Claude Kululu, Aline Théret)