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  • La libération de la Moselle - Images de la Section photographique des armées


La libération de la Moselle – Images de la Section photographique des Armées

La Moselle est une région déchirée entre deux pays, au cœur des tensions franco-allemandes depuis la guerre de 1870. D'abord française puis annexée par la Prusse, ce n'est qu'à la fin de la Première Guerre mondiale qu'elle redevient française.

 

La sélection de photographies présentée ici est issue d'un album, constitué des clichés de la Section photographique de l'armée. Il s'agit d'une vision officielle représentant la fin de la Première Guerre mondiale en Moselle entre fin novembre 1918 et février 1919. L'album s'organise ville par ville et de manière chronologique et centré sur l'arrière souhaitant représenter davantage le soulagement de l'armistice que la violence engendrée ce conflit fratricide ! Ce qui ressort de cet album est davantage une vision de la France réunie en paix que met en avant l’État, désireux de tirer un trait sur les atrocités de cette guerre qui vient de se terminer.


Nota - Cette exposition virtuelle a été conçue par quatre étudiantes de licence de Paris ouest dans le cadre du cours Conduire un projet culturel à partir des collections de la BDIC.

La collection dite des Albums Valois

Manoeuvres d'infanterie, près de Château-Salins, en mai 1915


Bords de la Moselle, Metz, en février 1919.


Les Albums Valois

La collection dite des Albums Valois a été constituée par la Section photographique des Armées (SPA), organisme créé en mai-juin 1915 par le Ministère de la Guerre. A partir de cette date, le gouvernement français dépêche sur les différents fronts occidentaux, puis d’Orient, des photographes, appelés « opérateurs », avec pour objectif de prendre tous clichés intéressants : au point de vue historique (destructions, ruines&), au point de vue de la propagande par l’image à l’étranger, au point de vue des opérations militaires, par la constitution d’archives documentaires. Le département de la Moselle représente 143 planches.

Sarreguemines - cérémonie de remise de décorations du 30 décembre 1918


La provenance des clichés

Dans l'atelier d'Henri Bouchard - Metz janvier 1919

Cliché provenant du journal L'illustration
Portant plus spécifiquement sur les fronts en France et en Belgique, les albums Valois de la BDIC contiennent des tirages originaux, provenant pour la très grande majorité de ses « opérateurs » du SPA, mais aussi d’agences photographiques, de titres de presse (ici, à  gauche, un don de l’Illustration, d’institutions étrangères, ou de particuliers (ici, Don Champagne).
Dans cet album, la très grande majorité des clichés antérieurs à 1918 proviennent de dons, ce qui s'explique à la fois par la création du SPA en 1915 et par le fait que la SPA ne pouvait intervenir concrètement que sur des territoires tenus par les armées alliées.

Esplanade et statue du Maréchal Ney - Metz, avant-guerre

Cliché portant la mention "Don Champagne"

Les informations disponibles sur les planches

Spécificité de la collection de la BDIC par rapport, par exemple, à celle de l'ECAPD, chacun des clichés est encollé sur une planche cartonnée, permettant de contextualiser parfaitement la prise de vue.

Ainsi, sur cet exemple, on trouvera : 

  • en haut à gauche, le numéro de l'opérateur (NS 360) renvoyant à des registres permettant d'identifier photographe et reportage
  • en haut à droite, le numéro du cliché
  • sur la droite, la localisation géographique, de la ville parfois jusqu’au lieu-dit
  • toujours sur la droite, la date. Ici, le jour exact est mentionné.
  • En bas, une légende explicative très précise.
L'ensemble de ces éléments a été saisi par la BDIC, pour permettre aux lecteurs d'affiner sa recherche. 

Convoi de prisonniers près de Forbach, le 4 décembre 1918.


Le retour de la Moselle en France

Statue renversée de Frédéric-Charles - Metz, le 22 novembre 1918


La gare de Metz, le 22 novembre 1918.


La Moselle, une terre historiquement française

Les plans de la ville de Metz, placés en début d'album, témoignent d'un lien ancien avec la France. Des liens se sont tissés avec le temps entre la nation et la Moselle, qu'illustrent ici quelques moments clés de cette histoire commune : la ville de Metz assiégée par Charles V ;  le roi Henri IV reconnu comme souverain et acclamé comme tel ; les fortifications Vauban, qui viennent asseoir cette région dans les possessions françaises, que l’État cherchait à défendre.

Cet album Valois tend à rappeler, par cet ancrage historique, l'appartenance de la Moselle au territoire français.

Plan de Metz assiégée par Charles V


Entrée du roi Henri IV dans Metz


Fortifications de Thionville au XVIIe siècle


Le rejet de l'occupation allemande

On peut constater en Moselle dès la fin de la guerre que les populations se sont empressées de détruire toute représentation de la domination allemande, pour ensuite les remplacer par des symboles français. La présence de la figure du poilu remplaçant un empereur allemand montre une fierté du combattant français au détriment des symboles allemands. Toutes ces destructions témoignent d'une volonté d'affirmer leur nationalité française en effaçant un passé historique subi.         

Statue de l'Empereur Frédéric III renversée par les Messins, le 22 novembre 1918.


Statue du Poilu, remplaçant celle de Guillaume I, le 6 février 1919.


La représentation des Mosellanes

Les femmes occupent une place centrale dans l'album Valois, ce qui nous rappelle leur rôle dans la guerre, leur présence à l'arrière, mais aussi leur supériorité démographique puisque la plupart des hommes sont partis au front et beaucoup ne sont pas revenus. La femme est aussi considérée comme un symbole familial et de fécondité, elles représentent le futur du pays, le renouveau de la vie. Ces femmes témoignent d'un fort patriotisme. Elles sont investies dans l'effort de guerre et attendent les hommes rentrant du front. 

L'album cherche à mettre en valeur la figure féminine tout en la détournant au service d'une glorification de l'armée. En effet dans ces photos la femme est mise en avant pour mieux valoriser les grandes figures de la Grande Guerre A travers l'image de ces femmes c'est donc un hommage paradoxale qui leur est rendu : à la fois une reconnaissance de leur travail qui est au service de l'armée dans une mise en scène de propagande

Jeunes Messines accueillant le Président Poincaré, le 8 décembre 1918.


Femmes et poilus entourant le drapeau, lors de la cérémonie de remise du bâton de maréchal à P. Pétain le 8 décembre 1918.


L'hommage rendu à l'armée

Fonds des albums Valois - Département de la Moselle - Volume 1

Fonds des albums Valois - Département de la Moselle - Volume 1

La propagande, une instrumentalisation de la guerre

La dimension documentaire de cet album Valois peut être remise en cause par la présence d’un esprit de propagande. On y trouve des photos d’attaques, évidement mises en scène, visant à présenter l’armée sous un jour glorieux. Le but est également de souligner symboliquement la réunion de la France et de la Moselle, comme en témoignent la réunion des civils, des militaires et des représentants du culte lors du défilé militaire de Thionville et le mariage de mademoiselle Prevel, fille du maire de Metz, à un officier, le lieutenant Pringuet, tel la réunion symbolique de la France et des régions perdues en 1870..

Fonds des albums Valois - Département de la Moselle - Volume 1

Fonds des albums Valois - Département de la Moselle - Volume 1

Les réjouissances de l'armistice

Au lendemain de la Grande guerre, la population française, heureuse de la fin des affrontements, porte haut et fière les couleurs de la France. Par exemple, des soldats alsaciens portant des cocardes. S’organisent aussi des formes d’expressions de liesse populaire autour de concerts pour célébrer le retour des soldats et des prisonniers et la réunification de la famille française, de défilés où danses des jeunes filles habillées en costumes traditionnels et où sont célébrés les vainqueurs de la guerre, mis en valeur par l’entrée dans les villes et villages sur des chevaux et le long de routes bordées d’arc de triomphes construits pour l’occasion et décorés de fleurs et des couleurs françaises.

Entrée des troupes françaises à Thionville, le 22 novembre 1918


Entrée des troupes françaises à Maizières-les- Vic, le 18 novembre 1918


Pétain, figure héroïsée

Le maréchal Pétain (1856-1951) est reconnu, à la fin de la guerre, comme « Le vainqueur de la bataille de Verdun », ce qui lui confère une aura héroïque et prestigieuse. A ce titre, divers hommages lui sont rendus et sont mis en scène dans cet album. Le 19 novembre 1918, quelques jours après l’armistice, on peut le voir en tête des troupes françaises dans leur défilé d’entrée dans la ville de Metz, qui vient de revenir dans le giron français, entourée de lorraines en habits traditionnels qui lui offrent des fleurs. Il reçoit le même jour son bâton de maréchal des mains du président Poincaré sous les acclamations de la foule, événement hautement symbolique. En décembre 1918, il remet des décorations à des soldats et en février 1919, il inaugure une rue de Thionville qui porte son nom. C’est en s’appuyant sur cette glorieuse réputation de sauveur de la France qu’il sera nommé chef du gouvernement français sous l’Occupation.

Entrée des troupes françaises à Metz le 19 novembre 1918 - accueil du maréchal


Remise de décorations par le maréchal Pétain à Sarreguemines le 30 décembre 1918


Inauguration de l'Avenue du Maréchal Pétain à Thionville en février 1919


Crédits

Textes: Clothilde Benoît, Clara Colantonio, Florence Vidal, Zoé Wilmart (étudiantes en Licence 3 de l'Université Paris Ouest)

Numérisation des documents: BDIC/Picturae, avec le soutien d'Europeana 14-18