La politique sociale. Revue mensuelle de solidarité prolétarienne
Le 19/12/2017 à 11h51 par Dominique BOUCHERY
Résumé

La Politique sociale (d'abord appelé La Solidarité Prolétarienne) est un périodique français émanant du Secours ouvrier international (SOI), la branche française de l'Internationale Arbeiterhilfe (IAH). Confronté à de graves difficultés économiques, il n'a paru que brièvement en 1929-1930.

 

Grâce à un partenariat documentaire numérique fructueux établi avec les Archives nationales et les Archives nationales d'outre-mer, la BDIC peut aujourd'hui mettre à disposition des chercheurs la collection numérique la plus complète de cette source imprimée.   

 

 

La période de l’entre-deux-guerres est tout entière placée sous le signe d’une dialectique entre révolution et réaction, essor économique et crise, aliénation sociale et solidarité vécue par-delà les frontières. L’Internationale Arbeiterhilfe (IAH) incarna comme aucun autre l’idée d’une organisation d’assistance internationale révolutionnaire. Pensée comme une réponse solidaire à la famine sévissant en 1921 dans la région soviétique de la Volga, l’IAH se développa sous l’influence de son promoteur et président, le communiste allemand Willi Münzenberg, en une puissante organisation dotée de sections dans les différents pays d’Europe occidentale.

Son champ d’intervention était aussi vaste qu’international : les Allemands souffrant de la famine de 1923/24, les victimes des violents soulèvements en Chine depuis 1925 ou bien encore les travailleurs grévistes du nord de la France en 1931. Grâce à son habile travail de mise en réseau et de publicité, Münzenberg parvint avec succès à gagner la sympathie et la participation active d’artistes et intellectuels renommés, qui contribuèrent, par leur créativité et leur nom prestigieux à faire rayonner l’IAH bien au-delà des frontières de l’aile communiste du mouvement ouvrier. A l’occasion des dix ans de la fondation de l’IAH, l’écrivain français Henri Barbusse salue le chemin parcouru en ces termes : « Partout l’IAH a considérablement consolidé la solidarité entre exploités et le sentiment de cohésion des masses. Son organisation bien conçue se déploie sous le poids des forces qui ont été à sa fondation et, poussé en avant par les attaques et les réalisations concrètes, il constitue un premier élément de ce à quoi nous aspirons et qui est en devenir : la nouvelle société, le rêve de nos pères et notre action »

Dans la lutte (des classes) pour l’avènement de la « nouvelle société » évoquée par Henri Barbusse, les responsables de l’IAH s’efforçaient d’orienter la mobilisation spontanée et impétueuse de la classe ouvrière vers une voie institutionnelle et durable. Une des manifestations de ces intentions de principe fut le développement d’une activité éditoriale diversifiée de la part des sections nationales. Savoir et expériences devaient être mis en relation et transmis, les insuffisances sociales de la vie des « frères et sœurs de classe » du monde capitaliste à l’intérieur comme à l’étranger expliquées et l’Union soviétique devait être présentée comme modèle révolutionnaire et comme objectif. Parallèlement aux publications ayant trait à des événements locaux ou internationaux d’actualité– par exemple on y trouve mention de la brochure commentée de 1929 L’Assistance publique de l’activiste du SOI L. Castellaz sur, à l’époque, l’introduction des assurances – la section allemande avait la particularité de disposer d’un bel ensemble de journaux et magazines s’adressant à différents groupes sociaux. Ainsi Willi Münzenberg énumère dans sa publication anniversaire Solidarität. Zehn Jahre Internationale Arbeiterhilfe une dizaine de périodiques, et trois pour la France quoi qu’il en soit. Parmi ceux-ci, on trouve La Politique sociale. Revue mensuelle de solidarité prolétarienne, dont trois numéros sont conservés à la BDIC et qui ont été numérisés pour être mis à la disposition du public dans l’Argonnaute.

Fondé à l’été 1929, le titre a paru moins d’une douzaine de fois malgré tous les efforts déployés par la rédaction et le rédacteur en chef Emile Dutilleul pour obtenir des abonnements de la part des membres du SOI. Le journal, comprenant 32 pages au format In-quarto, est cependant une source pour l’histoire sociale et ouvrière française des années 1929-30 qu’il ne faudrait pas négliger : les articles, rédigés la plupart du temps par des activistes du SOI, reflètent en effet à travers le point de vue critique de la gauche prolétarienne autrement dit du camp communiste sur le capitalisme et la politique gouvernementale, les lignes d’affrontements et les événements de l’époque. Voisinant avec une description de la misère de l’habitat du prolétariat, on trouve entre autres plusieurs contributions sur l’école unique, le manque de mobilisation des autorités contre la tuberculose ou les conséquences des inondations de 1930 dans le sud de la France au cours desquelles, malgré une interdiction étatique, l’IAH était intervenue. En outre la Politique sociale faisait office de plateforme pour la présentation des activités des fédérations locales, des projets en cours et des films prolétariens (en majorité des films de la firme cinématographique Mezhrabpom, une des fondatrices de l’IAH). Les actualités soviétiques bénéficiaient d’une rubrique à part : les représentations proposées s’affichaient généralement en contraste direct avec les défauts de la société française et présentaient le pays du socialisme d’Etat comme une issue pour sortir de la misère capitaliste. Aussi bien dans ses objectifs que dans sa présentation la Politique sociale fut adossée au journal frère plus prospère Roten Aufbau qui a paru de 1923 à 1924 et de 1929 au début de 1933 pour ensuite paraitre jusqu’à l’été 1935 sous le nom de Unsere Zeit durant la période d’exil en France.

Dans le cadre de mes recherches actuelles je me consacre à la remise à plat de l’histoire du Roten Aufbau en général et de son articulation en termes d’idéologie et de contenu avec La Politique sociale en particulier. Grâce au programme de numérisation de la BDIC, l’accès à des sources de première importance pour l’histoire nationale et internationale de la période contemporaine se trouve grandement facilité, aussi bien pour les chercheurs que pour le grand public.

 

Valentin J. Hemberger

(Trad. Dominique Bouchery)

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