Les archivistes de la Section photographique de l'Armée (SPA) au travail
Le 27/06/2017 à 17h50 par Dominique BOUCHERY
Résumé

Comprendre le travail des archivistes de la Section photographique de l’Armée permet de mieux interpréter les mentions rédigées sur les planches des albums aujourd’hui consultables dans l’Argonnaute.

Les albums eux-mêmes sont visibles dans plusieurs photographies prises par la Section photographique de l’Armée. On ne les voit pas dans la salle de lecture (VAL 382/020 ou VAL 382/021), mais dans les bureaux des archivistes (VAL 382/038 et VAL 382/037). Le travail des archivistes consistait entre autres à établir les mentions visibles autour des photographies.

 

Des reportages de la Section photographique de l’armée sur son fonctionnement

La SPA documente ses propres activités à plusieurs reprises. On trouve bien sûr des opérateurs photographes ou de cinéma en action ou posant au fil des albums représentant les départements du front. Mais à Paris, des photographes de la SPA sont chargés de réaliser des reportages entiers sur les différents aspects du fonctionnement du service. Ils montrent les laboratoires et le travail technique sur les tirages, toutes les phases de traitement avant envoi d’épreuves destinées à la propagande (VAL 382/016 à VAL 382/50).

Moins attendu que le travail technique ou de diffusion, le travail des archivistes fait lui aussi l’objet de prises de vue.

 

M. Ratouis de Limay au travail (VAL 382/038)

 

 

Paul Ratouis de Limay est ici en train de rédiger des légendes sur une planche. On peut voir derrière lui une grande carte, élément souvent présent dans les bureaux des archivistes, qui s’appuient sur les notes prises par les photographes sur le terrain, mais vérifient et précisent aussi des informations. Les mentions sur les planches des albums de la SPA sont le résultat de ce travail.

 

Elles indiquent :

  • le lieu de la prise de vue : généralement située à droite de l’image, c’est l’information le plus mise en valeur, elle peut comporter plusieurs éléments, en particulier dans les grandes villes – nom du quartier par exemple – ou pour les lieuxdits – nom de la commune la plus proche ;
  • placée sous le lieu, la date : le plus souvent date du jour lorsqu’il s’agit des opérateurs de la SPA, mais mois, voire année seulement pour des sources extérieures ;
  • sous l’image, une description ou légende explicative, qui oriente la lecture de l’image (principalement : que fautil voir dans l’image, sur quel élément doit se porter l’attention) ; ce bref texte rend l’usage de la photographie plus facile pour la presse et les services de propagande ;
  • en haut à droite, le numéro d’entrée (50791) ou numéro d’ordre d’enregistrement de l’image dans les registres tenus par la SPA (chaque image reçoit un numéro unique, quelle que soit sa provenance) ; les registres d’entrée sont actuellement répartis entre trois institutions (la BDIC, l’ECPAD et la Médiathèque de l’Architecture et du Patrimoine) ;
  • en haut à gauche, la source de l’image : une lettre suivi d’un numéro permet d’identifier le négatif réalisé par un opérateur (chaque négatif sur plaque de verre porte un numéro unique et cette mention signifie donc que la photographie a été prise par un photographe de la SPA) ; on y trouve aussi des noms de services photographiques étrangers (British official phot. par exemple) ou des noms de personnes (souvent précédés de la mention Cl. qui signifie « cliché », à interpréter comme « négatif fourni par… »), dans ce dernier cas, il s’agit du nom de la personne ayant remis la ou les photographie(s) à la SPA (donc pas nécessairement de celui du photographe, même s’il est probable que les deux coïncident la plupart du temps). Il s’agit de photographies prises à titre personnel (le plus fréquemment par des médecins, officiers, sousofficiers ou simples soldats, présents sur le front).

 

La précision et la fiabilité de ces éléments peut varier selon la source de l’image (les opérateurs de la SPA sont tenus de prendre des notes sur le terrain, mais les informations peuvent manquer ou être plus vagues lorsqu’il s’agit de larges volumes fournis par la presse ou de vues faites par un particulier).

 

Eugène Morel dans son bureau (VAL 382/036)

Parallèlement à la constitution des albums, les archivistes décrivent chaque photographie sur des fiches (également conservées à la BDIC aujourd’hui). Les fiches permettent de retrouver la référence des photographies et des films soit par lieu, soit par sujet, soit par personnalité représentée. On peut voir ce fichier ou un fichier identique dans le bureau d’Eugène Morel au Palais-Royal, rue du Beaujolais.

 

 

Avec les albums classés géographiquement et thématiquement, les fichiers et les registres, les archivistes de la SPA élaborent des outils de repérage efficaces permettant de faciliter les recherches dans ce vaste ensemble, qui à la fin de la Première Guerre mondiale comporte plus de 100 000 photographies de sources variées. Les archivistes rédigent les légendes, vérifient dates et lieux, référencent les images. Le résultat n’est pas entièrement exempt d’erreurs, mais outre la richesse d’information qu’il fournit, il reflète également une approche contemporaine des prises de vues (vocabulaire employé, cadres et rubriques de classement, etc.).

Au-delà du travail bien visible et reconnu des photographes, c’est aussi le travail des archivistes de la SPA, qui nous permet maintenant d’utiliser cet ensemble comme une source importante de l’histoire de la Première Guerre mondiale.

 

Caroline Fieschi

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