Les fortifications d'Ingolstadt de 1870 à 2014
Le 03/07/2015 à 16h59 par Frederique Joannic-Seta
Résumé

Les collections de la BDIC abritent de nombreux témoignages de poilus publiés après la Grande Guerre. Les Robinsons de la Bavière (Ingolstadt, Fort IX) de Gaston Marul, édités en 1921 permet ainsi de retracer la vie quotidienne des officiers prisonniers de guerre à Ingolstadt. Le billet de cette semaine revient sur ce témoignage et sur ce qu'il apprend plus largement des fortifications d'Ingolstadt au début du XXe siècle.

Le Fort Prince Charles dans le système de fortifications de la Bavière centrale (Ingolstadt)

 

La monumentale installation, située sur la hauteur la plus élevée dans un rayon de 10 km autour de Ingolstadt est pour ainsi dire inconnue. Tapi derrière une couverture d’arbres et comme assoupi, le Fort Prince Charles a été construit dans les années 1870 pour être le Fort VI dans l’ensemble des dix forts monumentaux de ceinture servant de système défensif contre tous les ennemis imaginables, qu’ils viennent de l’est ou de l’ouest. Le calme y est toutefois troublé par les équipes de déminage qui désamorcent les obus trouvés datant des deux guerres.

 

L’intérêt historique du bâtiment est démontré par les points clefs suivants : Place forte extérieure lourdement armée du système défensif de la Bavière centrale de 1878 à 1914, camp de prisonniers pour soldats et plus tard aussi pour officiers (principalement des Français et des Russes, Charles de Gaulle y passa aussi quelques jours en 1918 après son séjour au Fort IX !) entre 1914 et 1918, prison pour les insurgés spartakistes des troubles révolutionnaires de 1919, centre d’internement pour les juifs de l’est de 1920 à 1924, fabrique de munitions durant la Seconde Guerre, dépôt de munitions pour l’armée américaine puis pour la Bundeswehr (jusque dans les années 70), et enfin siège des services de déminage (jusqu’à aujourd’hui).

 

 

L'association historique d’Ingolstadt ainsi que l’association de promotion des monuments fortifiés du Land de Bavière ont déjà réussi à éditer ou accompagner quelques publications sur les fortifications autour d’Ingolstadt et sur le camp de prisonniers de la Première Guerre. Elles doivent désormais être associées à la mise en place des visites régulières du site. Entre autre, il est ainsi prévu de faire l’acquisition d’objets authentiques datant par exemple de l’époque du camp de prisonniers de guerre, en vue de les exposer. Une peinture à l’huile d’un officier français du Fort IX prénommé Brunet ainsi qu’une tabatière en bois provenant du Fort Prince Charles ont d’ores et déjà été acquis de même qu’un grand nombre de lettres et cartes, de prisonniers français pour la plupart. Toutefois ces quelques objets ne seront pas suffisants pour restituer les conditions d’hébergement d’un soldat ou d’un officier en captivité. C’est pourquoi il y a le projet de reconstruire l’une des casemates du Fort dans la forme qu’elle avait en 14-18 et de la meubler comme une casemate d’officiers. Afin de documenter les conditions de vie de ces hommes qui devaient « se maintenir » des années durant en pays ennemi dans des conditions certes relativement confortables (au regard des standards actuels), mais qui étaient tout de même coupés de leurs famille et patrie, les témoignages de première main, que l’on trouve en grand nombre dans beaucoup de camps, revêtent une importance particulière. 

          

Ainsi les souvenirs de Gaston Riou dans son Journal d’un simple soldat (1916 puis 1931) étaient déjà fort intéressantes et éloquentes. Cependant il convenait de questionner les représentations qui étaient données du camp mais aussi de la surveillance exercée par les Allemands, en comparant avec d’autres témoignages.

 

L’ouvrage Les Robinsons de la Bavière (Ingolstadt Fort IX) écrit en 1921 par Gaston Marul et édité par Etienne Chiron est l’un de ces témoignages. Ce livre est particulièrement pertinent pour le travail de l’Association historique dans la mesure où il traite spécifiquement des expériences dans le camp d’officiers IX dont la construction est quasiment contemporaine de celle du Fort Prince Charles. Des officiers y ont été transportés, exactement comme dans le Fort Prince Charles. L’Association espère pouvoir tirer de cet ouvrage des informations dignes d’intérêt qui seront comme autant de petits morceaux du puzzle et qui contribueront à compléter l’image du camp de prisonniers. On y trouve en outre nombre de petites esquisses de la vie quotidienne des prisonniers qui sont reproduites à côté des textes. L’un des objectifs de l’Association depuis quelques années était d’en faire l’acquisition, ce qui s’est révélé impossible, malgré l’utilisation de nombreux canaux et le recours à des services de livres anciens chevronnés : il s’agissait visiblement là d’un livre d’une très grande rareté. Nous avons été d’autant plus heureux lorsque le seul exemplaire dont nous avions suivi la piste, celui que détient la BDIC dans ses collections, a pu être mis gracieusement à notre disposition sous la forme d’une copie numérique. Le document va de la sorte être « intégré » prochainement dans les archives municipales d’Ingolstadt et traduit, si bien que les informations qui en seront retirées pourront nourrir l’exposition à venir dans le Fort Prince Charles... 

 

Max Schuster

Membre du Bureau de l’Association historique d’Ingolstadt

(traduit de l’allemand par D. Bouchery) 

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