Après les combats
Le 15/09/2014 à 18h05 par Frederique Joannic-Seta
Résumé

Le film  Après les combats de Bois-le-Prêtre est une des archives filmiques la plus ancienne que détienne la BDIC. Mais c’est aussi la plus rare de par son contenu : des images amateurs, tournées par un soldat au cœur des tranchées, très éloignées des images officielles de la Grande Guerre qui nous sont plus coutumières. 

Ce film, composé de 5 bobines, était accompagné d’un album de 34 planches contenant 67 tirages de photos prises au même endroit au printemps-été 1915. L’ensemble fut donné au Musée des deux guerres de la  BDIC en 1952 par Madame Gal Ladevèze.

 

 

 

 

Des images rares à plus d’un titre qui ont soulevées de nombreuses questions.

Rares tout d’abord parce qu’elles montrent sans concession le quotidien de la mort de masse. Ce secteur de Bois-le-Prêtre, massif forestier de 800 hectares au nord-ouest de Pont à Mousson, fut en effet l’un des points de friction les plus notoires dans la guerre de position en 1915. Sur ce front étroit, d’octobre 1914 à août 1915, 132 actions, offensives ou défensives, ont fait près de 7000 morts dans chaque camp. Or les images officielles de l’époque, principalement tournées par la Section cinématographique de l'Armée française (SCA) créée en 1915, montrent rarement une réalité aussi crue que cette scène du film où l’on voit des soldats entasser des corps sur une charrette. Images que l’on retrouve d’ailleurs sur les photos qui seraient vraisemblablement du même auteur. D’autres scènes sont originales et surprenantes, comme la remise de décoration dans les tranchées alors qu’elles se faisaient généralement à l’arrière, ou ces scènes tournées dans un village, Jézainville a priori, où l’on voit que les villageois n’ont pas encore été évacués. Alors que dès 1914 l’Etat-major interdit aux troupes de photographier la guerre, comment ce soldat a-t-il pu, non seulement la photographier, mais aussi la filmer ?

Rares aussi car le coût et l’encombrement du matériel cinématographique réservait la pratique à quelques initiés. Le film a en effet été tourné à l’aide d’une caméra Pathé 28 mm inadaptée à l’étroitesse des tranchées. Ce modèle, peu vendu à l’époque car relativement onéreux, fut  d’ailleurs remplacé au début des années 20 par la caméra 9.5 mm qui connut plus de succès.

Enfin, ce caméraman, qui est-il ? Deux hypothèses ont été soulevées. Celle de Jean Cordey tout d’abord, hypothèse longtemps privilégiée, dont le nom figurait sur l’enveloppe contenant le don de 1953. Hypothèse plausible puisque Cordey, archiviste-paléographe entré à la Bibliothèque nationale en 1906, fut mobilisé en 1914. Caporal infirmier à la 22è section d’Infirmiers Militaires, il fut affecté au 167è régiment d’infanterie, et présent dans le secteur en 1915. Il fut prisonnier en juillet 1916 et rapatrié en 1917. La seconde hypothèse, que confirmerait une lettre déposée au CNC, attribue la paternité de ces images à Jules Albert Gal Ladevèze, frère de Madame Gal Ladevèze, né le 9 février 1883 et mort pour la France dans un accident d’avion le 18 mai 1916. La donatrice explique dans cette lettre que son frère était sergent au 268è RI et qu’il a été blessé à plusieurs reprises dans ce secteur de Bois-le-Prêtre avant de devenir instructeur dans l’aviation. Les régiments auxquels appartenaient Jean Cordey et Jules Albert  Gal Ladevèze étaient appelés les « loups de Bois-le-Prêtre ».

Les  bobineaux en acétate de négatif et positif de format 28 mm ont été restaurés par les Archives françaises du film du Centre national de la cinématographie (CNC) à la fin des années 2000 et transférés sur 35 mm, puis numérisés. Après la numérisation, c’est un travail d’enquête de deux ans qui a démarré en 2009, mené par l’historien du cinéma Laurent Véray et ses étudiants dans le cadre du séminaire « Face à l’archive » en partenariat avec la BDIC.  Il a permis de soulever le voile sur plusieurs mystères entourant ce don.  La mise en ligne du film sur le site de la Mission du centenaire en 2014, année de commémoration, et la parution d’un article de Laurent Véray dans le journal Le Monde ont suscité un véritable engouement pour le film. La BDIC a reçu de nombreuses demandes de diffusion depuis.

Aujourd’hui la bibliothèque numérique de la BDIC est un nouvel écrin pour cette précieuse archive filmique. Ecrin qui permettra de rattacher ou confronter à ces images d’autres trésors iconographiques sur Bois-le-Prêtre : photos bien sûr, mais aussi peintures et dessins.

 

Mélanie KARLI

 

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